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Herbier Délessert réalisé par Jean-Jacques Rousseau et son coffret. Photo P.Gaudibert. Musée Jean-Jacques Rousseau- Montmorency

L'herbier Delessert

Décrété de prise de corps pour la publication d’Emile ou de l’éducation, le 9 juin 1762, Jean-Jacques Rousseau fuit Montmorency. Il se réfugie chez son ami Daniel Roguin à Yverdon actuellement en  Suisse, dépendant alors de la Principauté de Berne. Il y rencontre Mme Boy de La Tour et sa fille Madeleine Delessert, alors âgée de 15 ans. Elle est très appréciée du philosophe qui la surnomme « ma cousine ».

Contraint de quitter Yverdon le 10 juillet 1762, Rousseau s’installe à Môtiers dans l’actuel Jura suisse, chez Mme Boy de La Tour. Il s’initie avec quelques amis à la botanique mais en butte à l’hostilité des villageois, Rousseau est contraint de quitter Môtiers et reprend le chemin de l’exil en 1765.

En 1768, il séjourne à Lyon où il croise de nouveau la famille Boy de La Tour-Delessert. De retour à Paris en 1770, il entreprend la rédaction d’un dictionnaire de botanique et correspond de plus en plus fréquemment avec Madeleine Delessert. Celle-ci devenue mère d’une petite Madelon, a décidé d’enseigner la botanique à sa fille. Elle demande conseil auprès du philosophe qui lui écrit huit lettres, entre août 1771 et avril 1774, portant exclusivement sur l’étude des plantes. En plus de ces lettres, Rousseau réalise un herbier pour Madelon alors âgée de 5- 6 ans.

Rousseau nous décrit son travail : «  Dans de grandes et fréquentes herborisations il a fait une immense collection de plantes ; il les a desséchées avec des soins infinis ; il les a collés avec une grande propreté sur des papiers qu’il ornait de cadres rouges. Il s’est appliqué à conserver la figure et la couleur des fleurs et des feuilles, au point de faire de ces herbiers ainsi préparés des recueils de miniatures ».

Rousseau juge de Jean-Jacques, Deuxième dialogue

C’est ainsi que se présente l’herbier de Madelon : 167 feuillets pliés en deux. Les plantes, encadrées par un double filet rouge tiré à la main, sont retenues par de fines languettes de cuivre. Chaque feuillet est annoté sur la première page avec le nom de la plante en latin, puis la classe et l’ordre de la plante en français. Parfois, Rousseau ajoute quelques notes pour la petite fille : « la capsule du fruit s’ouvre en travers comme une boîte à savonnette […] elle a le goût de la roquette ou du cresson […] il ne faut pas se tourmenter à vouloir conserver aucune espèce de pédiculaire ».

Le philosophe ajoute une table alphabétique des plantes contenues dans l’herbier. Celles-ci sont organisées selon le système de classification créé par Charles Linné (1707-1778). Cette nomenclature est une innovation car elle repose sur les caractères sexuels des plantes.

Rousseau relie l’ensemble des plantes en deux cahiers, il décore les couvertures de peinture au pochoir et ferme le tout par des rubans roses.

Les plantes de l’herbier sont collectées lors des promenades de Rousseau dans la région parisienne et dans la vallée de Montmorency où il herborise avec Antoine-Laurent de Jussieu en 1771 et son frère Bernard de Jussieu en 1772.

Rousseau suggère également à la petite Madelon de réaliser son propre herbier. Il lui donne de nombreux conseils afin de collecter correctement les plantes :

« […] Le moment à choisir pour cela est celui où la plante est en pleine fleur, et où même quelques fleurs commencent à tomber pour faire place au fruit qui commence à paraître […]

Les petites plantes se prennent tout entières avec leur racine qu’on a soin de bien nettoyer avec une brosse, afin qu’il n’y reste point de terre. Si la terre est mouillée, on la laisse sécher pour la brosser ou bien on lave la racine, mais il faut avoir alors la plus grande attention de la bien essuyer et dessécher avant de la mettre entre les papiers, sans quoi elle s’y pourrirait infailliblement et communiquerait sa pourriture aux autres plantes voisines […] »

Lettre de Rousseau à Madeleine- Catherine Delessert, le 11 avril 1771

En 1772, Rousseau envoie un autre herbier à l’attention de cette famille, destiné cette fois-ci à la sœur de Madeleine, alors âgée de 21 ans.

En 1777, Rousseau retrouve Madeleine Delessert à Paris. Elle lui rend régulièrement visite jusqu’au départ du philosophe pour Ermenonville le 20 mai 1778.

La famille Delessert conserve précieusement l’herbier et les lettres de Rousseau ainsi que le portait du philosophe peint au pastel par Maurice-Quentin de La Tour, actuellement conservé au musée de Montmorency.

La famille Delessert fait réaliser une boîte en acajou pour y placer l’herbier. L’ensemble est conservé par les descendants de Madelon jusqu’en 2001, date de l’acquisition de ce chef d’œuvre botanique par le Musée Jean-Jacques Rousseau.

Pour en savoir plus

Rousseau et la botanique

Chronologie botanique de Rousseau

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