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Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève par Charles-Edouard Leprince, baron de Crespy, 1824. Photo Didier Fontan. Musée Jean-Jacques Rousseau - Montmroency

Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève

Charles-Edouard LE PRINCE, baron de CRESPY, dit CRESPY LE PRINCE (Paris 1784-1850)

Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève

Salon de 1824 (n°1146)

Huile sur toile, cadre en bois doré mouluré d'origine

127 x 160 cm

Inv. 2006.12.1

Ce tableau illustre la dix-septième lettre de la quatrième partie du roman épistolaire Julie ou La Nouvelle Héloïse, écrit par Rousseau à Montmorency et publié en 1761.

Le roman met en scène plusieurs correspondants dont Julie d’Etange et son précepteur Saint-Preux. Amoureuse de ce dernier, Julie est contrainte par son père d'épouser monsieur de Wolmar. Désespéré, Saint-Preux entreprend un long voyage. De retour après quatre années d'absence, il est convié par monsieur de Wolmar à passer quelques jours dans le domaine de Clarens, au bord du lac Léman, dit aussi lac de Genève.

Les deux anciens amants se promènent en barque au clair de lune, près du rocher de Meillerie. Saint-Preux, ne supportant pas l’idée de devoir quitter de nouveau sa bien-aimée, est sur le point de se jeter dans l’eau du lac : « C’en est fait, disais-je en moi-même, ces temps, ces temps heureux ne sont plus ; ils ont disparu pour jamais. Hélas, ils ne reviendront plus ; et nous vivons, et nous sommes ensemble, et nos cœurs sont toujours unis ! Il me semblait que j’aurais porté plus patiemment sa mort ou son absence, et que j’avais moins souffert tout le temps que j’avais passé loin d’elle [...]. Bientôt je commençai de rouler dans mon esprit des projets funestes, et dans un transport dont je frémis en y pensant, je fus violemment tenté de la précipiter avec moi dans les flots, et d’y finir dans ses bras ma vie et mes longs tourments [...]. »

Mais Saint-Preux se reprend : « Ah ! lui dis-je tout bas je vois que nos cœurs n'ont jamais cessé de s'entendre. Il est vrai, dit-elle d'une voix altérée ; mais que ce soit la dernière fois qu'ils auront parlé sur ce ton ».

Le paysage nocturne est mis en valeur par la lumière lunaire qui permet de multiples reflets sur l’eau. Le monochrome bleu tirant sur le gris argenté crée une atmosphère d’étrangeté qui sied parfaitement à la scène du roman. Cet effet est renforcé par la vallée encaissée, les hautes montagnes et le feu sur le rivage. Il semble n’y avoir plus un seul bruit, à peine celui des rames dans l’eau.

Charles-Edouard Le Prince, baron de Crespy (1784-1850) est un artiste méconnu, élève de Jacques-Louis David et d’Elisabeth Vigée-Lebrun. En présentant ce tableau au Salon de peinture de 1824, le peintre s’inscrit dans le courant romantique qui cherche de nouvelles sources d’inspiration, notamment dans la littérature moderne. En 1808, Girodet avait remporté un succès éclatant avec son Atala inspirée de l’œuvre de Chateaubriand.

La Nouvelle Héloïse inaugure en France une certaine poésie de la montagne, propice à l'exaltation des sentiments et à la révélation de l'être moral. Le Léman est également pour Rousseau le lieu du bonheur : sur ses bords se trouvent Genève, sa ville natale, ainsi que Vevey, toute proche de Clarens, ville natale de Madame de Warens, que Rousseau appelle « Maman ». Les thèmes de l'eau et du paysage escarpé auront une grande fortune dans la littérature romantique.
Dès sa parution, le roman est un très grand succès de librairie. Il fait l'objet de multiples rééditions et inspire de nombreux illustrateurs, dont Gravelot et Moreau au 18e siècle, puis Desenne, Devéria, Johannot, Mausys, Hédouin... au 19e siècle.


Le tableau a appartenu à la collection de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, admiratrice de l’œuvre de Rousseau.
En 2005, la peinture est acquise pour le musée Jean-Jacques Rousseau par la Ville de Montmorency avec l’aide du Fonds régional d’acquisition pour les musées et du Conseil général du Val d’Oise.

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