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André Ernest Modeste Grétry par Luigi Calamatta 1830 (musée Jean-Jacques Rousseau, Montmorency)

André Ernest Modeste Grétry

Luigi CALAMATTA

1830, Paris

Fusain sur papier

66,5 x 54cm

Inv. 37.1.66 (IR.2002.982)

Portrait rectangulaire au fusain et lavis sur papier du compositeur André Ernest Modeste Grétry, par Luigi Calamatta. L’auteur, né le 21 juin 1801 à Civita-Vecchia et mort le 8 mars 1869 à Milan, est un dessinateur, graveur et lithographe italien. Il se rend à Paris en 1822 et devient disciple d’Ingres, dont il assimile le style. Il  réalise les portraits de George Sand et Paganini.

Le musicien est en buste de trois-quarts, le visage de face, en habit à la française. Il porte un gilet avec une cravate et par-dessus une veste dont seulement un des boutons est mis, ainsi qu’une perruque courte à la française. Il est représenté en toute simplicité, les traits du visage clairs et le regard tendre. Les yeux sont rehaussés de bleu très pâle. Ce portrait est inspiré du tableau d’Elisabeth Vigée-Lebrun de 1785 (conservé à Versailles, N°MV4556), reproduit en gravure en 1786. L’original, de format ovale barlong, a été exposé au Salon de 1785 à Paris. Il s’agit d’une huile sur toile (85.3 x 72.5cm), acquise par Louis Philippe en 1841 pour les galeries historiques du château de Versailles. La veste de Grétry y est vert foncé et son gilet jaune.

Les inscriptions à l’encre brune, vraisemblablement de la main de Calamatta, en bas du tableau, indiquent en italien que la copie s’est faite à  Paris, d’après Mme Lebrun : «André Ernest  Modeste Grétry  Dipinto da Mme Lebrun Disegnato da L. Calamatta Parrigi». Il y a également une date, 1830 et une signature peu lisible, en bas du tableau à la mine de plomb. Ce portrait est acquis par le musée en 1937. 

Elisabeth Vigée-Le Brun (1755-1842) fait la rencontre de Grétry en 1770, tous deux fréquentent les grands salons parisiens. Passionnée d’opéra et excellente chanteuse la jeune femme va se lier d’amitié avec Grétry qui lui fait la primeur de ses nouveaux airs d’opéra. Vigée-Le brun a une carrière florissante, elle est en pleine gloire lorsqu’elle peint le portrait du musicien. Si la Révolution française les sépare, Vigée-Le brun reste toute sa vie une admiratrice de Grétry et vice-versa.

André Ernest Modeste Grétry (1741-1813) abandonne le chant à l’adolescence et se met au violon. À Rome, il suit les cours de Casali où il revoit les bases de la musique harmonique et compose des pièces religieuses. À Bologne, il rencontre le célèbre compositeur et théoricien de la musique Martini et il reçoit le titre honorifique de «Membre de l’Académie des philharmoniques de Bologne». À Genève, il s’adonne aux opéras-comiques où il reprend Isabelle et Gertrude de Voltaire, qui est un succès. À Paris, Grétry fréquente la bonne société et les trois salles de spectacles sous privilège royal : l’Académie Royale de Musique, la Comédie-Française et la Comédie-Italienne. 60 opéras vont le rendre célèbre, en particulier  Richard-cœur-de-Lion, composé en 1786.

De Liège, ville natale, à Paris, en passant par Rome et Genève, Grétry compose et il occupe une place déterminante dans l’organisation et la diffusion de la musique en Europe. Il fréquente les mêmes illustres protecteurs que Mozart. Ce dernier et Beethoven n’hésiteront pas à composer des variations pour piano de ses œuvres et à s’inspirer de lui. En 1890, Tchaikovsky lui emprunte L’air de Laurette.  Lorsqu’il joue Les deux avares et  L’Amitié à l’épreuve à Fontainebleau, Grétry fait son entrée à la cour royale de Louis XV. En 1774 Marie-Antoinette le nomme directeur de musique et il reçoit une pension royale. La Révolution française met fin à ses pensions mais reconnaît également son talent. En 1795 il devient inspecteur du conservatoire de musique et membre de l’Institut. En 1803 Bonaparte le fait Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.

Ses écrits nous font découvrir un homme simple, bon père de famille, attentif et soucieux de la place de la musique dans la société et la culture. En 4 ans il perd ses trois filles, puis son frère aîné dont il adopte les sept enfants ; en 1800 il perd sa mère et en 1807 son épouse Jeanne-Marie ce qui va le plonger dans une grande solitude affective.

Grétry s’adonne avec plaisir à l’écriture qui depuis 1784 devient une passion tout aussi dévorante que la musique. «Mes écrits sont le résultat de plus de quarante années de réflexion ; vu la faiblesse de ma poitrine, j’ai toute ma vie concentré les idées qu’il m’était difficile de communiquer… Mais si j’ai pu parler en musique, il m’est plus aisé de parler en prose ; et cette prose dénuée de tout prestige durera plus que ma musique». Il publie ses Mémoires, et travaille sur un nouvel ouvrage De la Vérité lorsqu’il acquiert l’Ermitage le 19 septembre 1798. Il y décrit une émotion intense à son arrivée et se proclame «Le vicaire des précieuses reliques», c’est-à-dire du mobilier qu’il découvre et attribue immédiatement à Rousseau. Il crée le mythe du mobilier ayant appartenu au philosophe.

Grétry s’engage dans un processus d’identification à Rousseau qui pourrait se traduire par le rachat de l’Ermitage, l’utilisation du même mobilier, la passion pour la musique mais surtout l’écriture. Grétry écrit les Réflexions d’un solitaire, résonnance des Rêveries du promeneur solitaire. Il n’adhère pas aux thèses défendues par Rousseau dans son Discours sur les sciences et les arts et sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles. En revanche, il a la plus profonde admiration pour son œuvre autobiographique et pour son inflexibilité morale à l’égard de l’Eglise et du pouvoir absolu. À partir de 1807 il occupe principalement son domicile parisien du boulevard des Italiens mais se rend à Montmorency à la belle saison.

En septembre 1813 sentant sa fin proche il rejoint l’Ermitage où il  rend son dernier souffle le 24 du même mois. Il est enterré au Père-Lachaise.

À Montmorency une rue Grétry ainsi qu’un buste lui rendent hommage. Pour le 200ème anniversaire de sa mort, une exposition lui a été consacrée en 2013 au Musée Jean-Jacques Rousseau.

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